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Time Flies – AAAD #05

Il était question d’une pomme par jour. C’était un très haut objectif mais il ne me semblait pas difficile à respecter. Les premiers jours, c’était le cas même si le temps m’a déporté comme une bourrasque sur le coté. Je me sens coupable alors je vais quand même essayer de justifier mon échec. Il y a eu des embûches : pas de Wi-Fi pendant une semaine, une crise à gérer ici qui m’a fait perdre mon mojo. Parce que le mojo les trois premiers articles, il était bien là. L’excitation de publier, de réécrire l’article en anglais pour que les gens que je rencontre ici puissent le lire eux-aussi.

Et puis, j’ai perdu le fil. Une semaine après être arrivée, je me suis détournée du chemin que je m’étais tracé. Une ligne bien droite sur lequel on déposait un caillou chaque jour pour que les lecteurs soient au courant de la vie ici. Mais finalement, je me suis rendu compte que mon quotidien, il n’était peut-être pas si intéressant. Que cela n’amuserait que certains proches de savoir que je me défie à ne pas me couvrir de mon pashmina dans le métro tout ça pour jouer l’immersion jusqu’au bout. J’ai senti que mes articles allaient prendre un virage trop personnel et ça m’a freiné.

Ecrire tous les jours c’est déjà difficile en temps normal quand ce n’est pas son activité professionnelle mais comment je pouvais oser imaginer arriver à ce but en vacances sans lâcher prise… ? Quand j’ai commencé à organiser mon mois à New York, la question qui surgissait tout le temps, c’est « comment vas-tu occuper ton temps… ? » Aucun problème de ce coté-là, l’ennui c’est quoi… ? En revanche, l’inactivité professionnelle me posait problème voilà pourquoi j’ai nourri ce projet. Il y a eu plein de moments formidables dans le cadre de ce projet mais d’autres aussi constitués de honte, de culpabilité. Entre les deux sentiments, j’ai dû trouver une ligne médiane. Reconnaître mon erreur de jouer la diachronie quand la synchronie est beaucoup moins aliénante. On commence à prendre un puis deux jours de retard et les jours s’accumulent et ça devient ambiance tonneau des Danaïdes. Quoiqu’on fasse, on ne rattrapera jamais le retard.

Le problème c’est qu’un mois c’est très court, pas le temps pour tergiverser et je regrette très sincèrement d’avoir eu ses états d’âme (culpabilité, sentiment d’être débordée) et de ne pas avoir trouvé la solution plus rapidement. En une phrase je dirais aussi qu’il y a eu aussi un problème personnel à gérer qui a fait beaucoup dans la déviation du droit chemin.

Ca c’est pour ce que j’avais prévu et qui n’a pas fonctionné comme je le souhaitais. Ce que je n’avais pas prévu, c’est que toutes ces photos que je prends, tout ce qui m’émerveille ici va continuer à m’inspirer même quand les euros auront retrouvé leur place dans mon portefeuille. Rien que sur le fait de payer avec des dollars, je pourrais en parler tellement longtemps. Voilà ce qu’il fallait faire depuis le début, écrire des billets d’humeur pas un carnet de voyage…

Parce qu’ici aussi, tout ce que vous rêvez de faire à New York et bien je ne l’ai pas fait. Nous sommes le 26 août. Samedi je serais arrivée il y a un mois et je ne sais toujours pas si le Brooklyn Bridge est si impressionnant qu’il paraît. Ca s’applique aussi à Ellis Island, au Rockfeller Center, à l’Empire State Building et au Metropolitan Museum.

En revanche, je sais quels sont mes endroits préférés. Parmi eux, il y a East River Park, Bryant Park, Union Square où je trouve toujours un prétexte pour descendre et j’ai même fini par m’habituer à l’opulence de Time Square. Ce côté carte postale pour touristes qui m’avait tant dégoutté en arrivant n’est plus, maintenant c’est devenu un quartier où il m’arrive de passer. Car c’est ce que je voulais faire de New York, je voulais que ce soit ma ville, pas une ville que j’arpente en birkenstock comme un touriste ingurgiteur.

Ici, j’ai tout fait pour jouer l’intégration. J’ai voulu vivre à la new-yorkaise. Aller à la piscine, au supermarché, dans les papeteries, les magasins pour animaux de compagnie, ceux qui vendent des articles sportifs. J’ai fait du sport devant un DVD de cheerladders. Et ce qui m’a ébahi parce que ce sont les mœurs américaines que je vois sur l’écran, j’aurais trouvé ça pitoyable si la dame avait dit : « avec les filles, on est super contentes de vous avoir avec nous aujourd’hui. Et maintenant la torsion sexy… ». Ca en anglais, c’est tellement enthousiasmant.

J’ai adoré acheter un cadenas pour aller à la piscine et ne pas savoir comment l’utiliser. Et me faire piloter par une maman séchant son petit garçon sur la manière dont il fallait que je tourne deux fois puis jusqu’à 29 à droite et 7 à gauche etc… Tout est ébahissement ici, ne serait-ce que sur l’habitude du Take Away. Les gens mangent à n’importe quelle heure, n’importe où car la vente à emporter est une manière de vivre. Ca me met mal à l’aise car ça veut dire beaucoup de cartons utilisés pour satisfaire des besoins primaires mais j’ai dû m’y habituer dès que je suis arrivée : le gaspillage est une notion qui ne chagrine pas vraiment ici.

Evidemment, il y a des poubelles de recyclage dans la ville mais la politique de recyclage propre aux résidents n’est pas uniforme, c’est à la collectivité de décider. Et puisqu’on parle des déchets, ici la gardienne n’a pas à se casser le dos pour déposer un container dehors, il y a des jours pour déposer son sac poubelle sur le trottoir. Et les éboueurs passent dans la nuit et jettent des poubelles nauséabondes qui ont pris leur bain de soleil. Je les ai vus travailler la nuit dernière en rentrant d’un bar trendy. Il était 4 heures du matin, je sortais du supermarché. Pas de l’épicerie. Du supermarché, le CVS qui m’a tant amusé pendant ces vacances. J’ai parcouru tant de fois ses rayons. Explorer un supermarché, c’est comprendre les mœurs du pays. Voir dix modèles différents de fer à lisser, des rayonnages à perte de vue de cartes avec possibilité d’adresser une carte spéciale tantes, cousines, frères…

J’ai compris dans ce supermarché que tout est fait pour pallier à la demande du consommateur. Un tiers du magasin est consacré aux médicaments, en complet libre accès. C’est une des premières choses que j’ai photographiées ici, le dimanche après la clé dans la serrure de l’appartement. Celui où j’étais triste d’être arrivée la veille pour me coucher sans découvrir Manhattan. La première plongée sur les mœurs américaines, je l’ai faite dans un supermarché CVS du Queens.

Parfois je regrette de ne pas avoir pris plus de temps pour faire du tourisme. Je ne regrette pas par raison, je regrette à l’avance. Je me dis dans quelques semaines ce que je n’ai pas vu de New York, je m’en voudrais. Mais pour l’instant, alors que je suis encore ici j’ai mené ma découverte de New York selon un schéma bien précis. Pas question de faire de la boulimie et de passer sa vie à faire des sauts de puce entre des pages de guide touristique qui prendrait forme en 3D. J’ai poussé le truc jusqu’au bout. Si j’allais dans un endroit, c’était pour une raison, pas de la visite pour de la visite. Une envie de se promener mais pas question de faire des croix sur un papier. Metropolitan : check. Ellis Island : check.

Le meilleur exemple c’est ce que je vais faire samedi, le 28 août, deux jours avant mon avion. Même si j’ai fait en sorte de ne pas programmer mes journées, de me laisser aller à l’envie de l’instant, j’avais envisagé aller sur Governor Island dimanche. Mais il a plu. Alors, j’ai opté pour les cheerladders et Twitter puisque je ne pouvais pas sortir. La journée s’est terminée par la corvée que je déteste tant à Paris et qui pourtant ici a été un bonheur, la laverie. C’était un dimanche qui ressemblait bien à une vie de new-yorkaise et bien ça m’a plu. Alors Governor, il fallait remettre ça au week-end prochain puisque les ferries pour y aller ne fonctionne pas la semaine.

J’ai un problème dans la vie : à cause d’un trop grand espace-temps à ma disposition, je suis devenue une adepte de Twitter. Parfois, c’est un problème quand je suis assise par terre à côté de la prise électrique alors que l’Ipod touch se recharge et qu’il est 4 heures du matin. On est beaucoup à avoir connu l’addiction de la nuit du clip M6 : quel sera le prochain ? Et si jamais, c’était celui de Ah-Ah, mon clip préféré ever… ? C’est comme une chaîne de télévision Twitter, sauf qu’il y a de multiples participants et rien que de vous expliquer comment ça marche ça me met en joie tellement j’adore ça. J’étais à New York tout le mois d’août alors suivre le compte Twitter du New York Times et de Time Out me paraissait d’une logique évidente. Et lundi soir, un lien m’a envoyé vers cette information de la plus grande importance : festival hip-hop sur Governor Island samedi. Et quand j’ai vu que je serais toujours habitante de cette île qui me tente tant, j’ai pas hésité. Un festival de musique, une chose de plus de vrais new-yorkais.

Ce festival sera un souvenir mémorable, voir tous ces artistes dans un tel cadre va me bouleverser mais je dois quand même avouer que je préfère encore le Fest Noz de Concarneau avec les meilleures amies ou le festival montée ex nihilo de nos propres mains lors d’un week-end à la campagne avec ma troupe. Car ces moments bien que peu exotiques étaient immensément grands car je les ai partagés. L’endroit où l’on est n’est pas le plus important c’est ceux qui nous accompagnent qui comptent. Et voilà le pan à résonance déceptive de ces vacances. Dominer New York du haut de Rockfeller, j’en rêve, vous n’avez pas idée, je suis comme tout le monde, ça m’émeut. Mais je préfère attendre de savourer ce moment à plusieurs. Ca peut paraître cérémoniale tout ça mais c’est comme ça. Sur certains trucs, les idées sont arrêtées et sur le partage, j’ai de grandes théories.

Alors oui, c’est décevant de ne pas partager ça mais je ne changerai pas la partition. Venir à New York seule c’était mon rêve. Il y a eu des moments très durs à surmonter quand j’ai été assaillie par un problème personnel. J’étais seule et les gens d’ici même tout bien intentionnés ne pouvaient rien pour moi. Malgré ça, je ne voudrais qu’il en soit autrement.

J’en suis à prendre les panneaux du métro en photo, tellement je sens déjà la nostalgie m’envahir. Ne plus lire de l’anglais toute la journée. Ne plus PARLER anglais, ne plus faire des liasses de one dollar, vingt dollars, ne plus sourire et déborder d’enthousiasme à l’américaine pour rien. J’ai très peur de pleurer New York. J’ai envie de rentrer, il y a beaucoup de choses de chez nous qui me manquent mais je le sais au plus profond de moi, il y a quelque chose de New York en moi. Et je reviendrai le trouver aussi souvent que je le peux. Et si je peux continuer à caresser ce rêve qui m’a habité une semaine ici, je le ferai. Exercer mon métier de journaliste à New York.