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Ce n’est pas un mirage – AAAD #06

Avant de partir, quand je parlais de New York, il y avait ce refrain dans ma tête de Joe Dassin, ce rêve américain qui hante l’inconscient collectif. Je m’étais préparée à être déçue. A vrai dire, les mœurs américaines ne me tentaient pas tant. Je ne pensais pas trouver des gens aussi heureux de vivre et prêts à donner un peu d’eux-mêmes à chaque coin de rue.

Avoir vécu à New York pendant un mois, c’est découvrir Paris sous un autre jour. Je connais beaucoup de gens qui vivent à l’étranger et les critiques sur la France que je détestais les entendre faire, je peux désormais les comprendre.

Je ne pense pas avoir rêvé et je ne crois pas avoir vécu les choses par hasard, je suis en mesure de faire une généralité à l’emporte-pièce : ici les gens sont heureux. Pourquoi sont-il heureux ? Pas parce que leur vie est facile et jolie. Mais parce qu’ils se battent pour réussir leur vie et qu’ils font en sorte de cueillir les bons moments sur un rien, une conversation, un hug échangé, des rires. Ils ne comprendraient pas notre système social fondé sur la solidarité et l’assistance. Pour le premier item, je ne voudrais pas changer les choses, favoriser le rebond dans les coups durs, c’est sain. En revanche, maintenir en dépendance ceux que la paresse envahit c’est une chose me remue et cette fois encore plus, maintenant que j’ai vécu la vie américaine.

Mes voisines par exemple. Elles sont venues de Pennsylvanie et de Caroline du Sud pour être comédienne. Elles travaillent dans un restaurant de Time Square et l’argent qu’elles gagnent vient uniquement des pourboires. Ca n’arriverait pas en France et tant mieux car c’est très précaire comme situation professionnelle ; ne jamais gagner la même somme est insécurisant. Mais ça force à redoubler d’efforts pour gagner son pain. Et la logique veut que lorsqu’on a travaillé dur, suive un sentiment de self-esteem. On sait tous que le self-esteem influence notre rapport aux autres. Une personne bien dans sa tête sera bien plus ouverte aux rencontres que quelqu’un qui souffre le regard des autres. Cet équilibre interne est palpable : les gens parlent entre eux tellement aisément.

Aujourd’hui, j’ai partagé des moments spéciaux avec tant de monde… C’est pour ça que cette journée était spéciale ; la rencontre c’est ce que je viens chercher en voyageant. Cette logique m’enclint à ne pas aller voir l’Egypte par exemple, voyage excavation par excellence. La découverte d’un patrimoine enfoui, certes passionnant mais les gens, leurs mœurs, leurs habitudes culturelles, une fois le Caire loin, aucun moyen d’y accéder.

Mardi soir, je suis allée voir une comédie musicale. Une amie des voisines m’avait conseillé un « musical » moderne que j’allais adorer, c’était sûr. « C’est hip-hop et salsa en même temps », déjà rien que ce résumé de « In the Heights »  j’aimais bien c’était sans connaître l’histoire qui allait me saisir. J’ai tellement adoré que j’ai voulu revoir le musical le lendemain mais dommage, pas de show. Tant mieux sinon je n’aurais pas rencontré toutes ces personnes aujourd’hui.

Le truc à faire quand on veut voir une comédie musicale c’est la loterie. Tout est expliqué ici pour ceux qui souhaiteraient mettre le sort de leur soirée sur un ticket jeté dans un seau. Deux heures et demie avant le début du show, on écrit son nom sur un papier, une demi-heure plus tard, tirage au sort et sont appelés à se présenter, ID à la détente, les heureux élus. Ils auront la possibilité de voir le show au premier rang, celui qui n’est pas vendu car on manque un peu de recul. Pour 26,50$ ils seront aux premières loges et la magie de la chose est de savoir que c’est la chance qui a voulu ça. J’adore ce principe de loterie.

Le premier soir je n’ai pas gagné la loterie mais j’ai acheté des places pour un prix très modique. C’est très américain, puisque tu as tenté ta chance de gagner on te valorise pour ça et tu as la possibilité d’acheter les dernières places invendues pour le tiers du prix originel. Pour 41,50$, j’étais sur la mezzanine juste derrière l’orchestre, une superbe vue mais pas autant que celle du jour. Pendant la loterie, j’ai repéré cette maman et sa fille entourée de bagages et je sentais qu’elles avaient vraiment très envie de gagner. Quand leur nom a été tiré, j’ai sauté de joie pour elle. Puis j’ai couru vers le guichet pour avoir les derniers sièges encore en vente ; heureusement je n’ai pas couru trop vite, il y avait des gens devant moi.

Un des employées du théâtre qui me voyait là pour la troisième fois est venu me proposer des places que certains gagnants avaient abandonné. Ainsi, j’ai gagné la loterie et le droit de voir le show au premier rang. C’est moins marrant que d’entendre son nom crié tout haut mais j’étais tout de même surexcitée…

Mardi soir, avant de rejoindre quelqu’un sur les coups de minuit (normal, c’est New York, à toute heure il se passe quelque chose), toute enthousiasmée par « In the Heights », j’ai fait du shopping à American Eagle Outfitters. Le client a la possibilité d’avoir sa photo sur le mur de lumière qui donne sur Time Square. J’ai préféré attendre le jour pour ça. J’y suis retournée et les vingts caractères qui accompagnent ma photo sont tout simplement l’URL du blog, à un caractère près, c’était parfait.

J’ai grimpé les marches du McDo situé juste en face de l’écran pour atteindre l’étage d’où je pourrais prendre photo et vidéo. Une fois ce forfait accompli, j’ai snobé le Starbucks et sa connexion Internet tellement tentante pour entrer au Planet Hollywood, probablement l’endroit que je fréquente le moins à Paris mais comme je veux la faire à l’américaine ici, je me suis « forcée ».

Des chaises hautes, un bar gigantesque, j’ai aimé. En France, je ne m’assiérai jamais seule au bar, les hommes peuvent penser que c’est un appel à la conversation mais a New York, en un mois je l’ai senti, la drague n’est pas de mise. Les rapports hommes-femmes sont sans ambiguïté. Le barman a voulu voir ma carte d’identité. Comme j’ai 29 ans, ça m’amuse toujours qu’on me la demande. Il y avait une fille seule à côté de moi et j’ai partagé mon sentiment avec elle. On a commencé à parler. Même si je fais en sorte de m’habiller comme à Paris, il suffit que je parle pour que je sois découverte : je ne suis pas d’ici. J’aime ça, ça m’offre la possibilité d’engager la conversation avec des gens passionnants. S’en suivent en général des échanges sur la France, les Français, Paris, des questions sur la manière dont les Français perçoivent les Américains… Passionnant.

Ma voisine de bar est mexicaine, elle a 30 ans, est architecte et comme moi elle est venue à New York seule et nous avons vécu la même chose : sentir la ville, prendre le pouls du quotidien new-yorkais (running, piscine, laverie, supermarché, salon de beauté…). Pas de visites touristiques pour Marcella non plus. Elle regrette que nous ne soyons pas tombées l’une sur l’autre avant et propose qu’on sorte. Bien sûr, pour moi c’est toujours ok. On va toutes les deux à nos spectacles respectifs et on se fixe rendez-vous à 23h30 dans Time Square. Ce rooftop que je rêvais de faire en bonne compagnie, ça va être pour ce soir !

En arrivant à ma place dans le théâtre, je craignais le pire, le coin excentré d’où je ne verrais rien et là surprise : premier rang et qui sont mes voisines ? La maman et sa fille. Elle au téléphone : « Yeah, it’s amazing, like I can touch the stage from my seat. Oh honey, I have to go, there’s the other winner who arrives… ». Parler avec des inconnus et les revoir quelques temps après, ça m’arrive tout le temps ici. Peut-être parce que je parle beaucoup plus avec des inconnus ici qu’à Paris où je sens un climat d’inquiétude constant. Rien que de repenser à la manière dont les gens vivent les uns avec les autres dans un lieu aussi bête que le métro, ça me chagrine. Ca va être très dur de revenir à Paris quand on a vécu Disneyland pendant un mois.

Avant que le show commence, nous avons beaucoup parlé avec Linda qui venait installer Zoé fraîchement arrivée pour ses études. Elles m’ont envié sur mon échange d’appartement, sur ma découverte de la ville. Comme moi, elles ont adoré le show et nous avons voulu continuer la conversation dans un déli.

Linda est costumière pour la télévision à Los Angeles. Cela va en faire rêver plus d’un mais elle a travaillé deux ans sur les plateaux de SCRUBS. Nous ne connaissons pas du tout mais elle a partagé avec moi ses problèmes de santé qui lui ont ouvert de nouveaux horizons pour respirer la vie à pleins poumons. J’ai approuvé en parlant de mes drames qui font que l’enthousiasme est toujours là chez moi. Nous avons vécu un moment très spécial lorsque nous avons échangé sur la perte de notre mère et Zoé qui avait elle aussi les larmes aux yeux car sa maman l’année dernière, elle a failli la perdre, elle aussi. Ce genre de choses arrivent-ils en France… ? En 29 ans, je ne crois pas avoir échangé des moments aussi forts avec des inconnus dans mon pays. Ces sentiments exacerbés, cette sympathie originelle pour autrui, c’est ce que j’aime des mœurs américaines. Et si je veux revenir à New York, c’est principalement pour ça. La ville est démentielle, tout est émerveillement mais les gens qui la traversent, c’est vraiment ce qui fait sa valeur.

Malheureusement, j’ai dû partir tôt pour retrouver Marcella. Linda et Zoé si j’arrive à me lever pas trop tard, je vais les retrouver aujourd’hui vers 14 heures. Qu’elle n’a pas été ma surprise quand j’ai vu débarquée Marcella en mini-robe noire drapée, cheveux bouclés savamment travaillés, boucles d’oreilles opulentes le tout dans un choix d’accessoires dorés (bijoux, pochette, chaussures) qui rappelait un détail de sa robe. Un point commun, on fait pas les choses à moitié. Rien que de connaître sa situation professionnelle, je sais déjà que Marcella est spéciale. A 30 ans, elle est architecte, voyage dans le monde pour des négociations, ça plaisante pas.

En haut du 230th situé sur Fifth Avenue, j’ai la chance d’avoir une vue sur l’Empire State Building et sur le tout Manhattan midtown. L’éclairage est tamisé, il donne à la soirée cette touche inoubliable. La lumière, une obsession chez moi… Je propose de s’asseoir parce que les talons hollandais que j’ai souhaité étrenner à New York (fétichisme du souvenir) ils me font souffrir. Et on s’oriente vers une table vide entre des tables occupées.

Aux Etats-Unis, j’ai appris à être très prévenante. C’est une honte d’être un poids pour l’autre. Encore une différence de mentalité entre la France et les Etats-Unis. Aussi, j’ai demandé si je pouvais fumer. L’accent de mon voisin m’a conduit à dire: « vous êtes français ? », « no, espanol ! » et là, énorme sourire de Marcella de dire qu’elle était méxicaine. Je viens de réaliser, elle est comme moi, elle doit apprécier parfois parler sa langue, voilà pourquoi elle paraissait si heureuse. Moi ce soir, j’ai surtout écouté Ivan, Ignacio et Marcella parler. J’avais oublié à quel point l’espagnol est une langue charmante. Ils font du business avec l’Italie. C’est vrai que lorsqu’Ignacio m’a parlé en italien, j’ai vraiment adoré. Tous les deux étaient très beaux, très smarts, très gentils. Une soirée comme ça en France aurait terminé par une tentative de rapprochement plus ou moins malvenue. Rien et c’est agréable. A New York, c’est la première fois que je ne me sens pas un objet sexuel pour les hommes. Il y a du respect instinctif, je ne saurais comment expliquer. Peut-être est-ce parce que les femmes s’habillent très féminine, alors une robe un peu au dessus du genou et des hauts talons ça cherche pas l’embrouille comme à Paris.

Cela fait deux soirs que je rentre en métro à 3 heures du matin et que je me sens en complète sécurité. Peut-être même plus qu’à Paris en plein jour. Je m’en veux un peu de faire toutes ces comparaisons négatives entre Paris et New York, ça sonne carte postale pastelle qui n’a rien à voir avec la vraie réalité. Je ne saurais pas trop comment l’expliquer mais ici, je me sens dans mon quotidien, je ressens les choses comme si c’était ma vie de tous les jours.

Ce que j’ai vu ne me semble pas être un mirage. Je ne rêve pas New York, cette atmosphère friendly, ce sentiment que tout peut arriver à chaque seconde grâce aux gens, c’est unique et voilà pourquoi je veux revenir. Et qu’on ne vienne pas me dire que j’étais en vacances et que vivre le quotidien sera autre chose. J’ai mis tout en œuvre pour la vivre la vie new yorkaise. Fanny qui est en ce moment en France, chez moi et qui a vécu le quotidien d’une française fraîchement débarquée m’a même donné le label intégration…